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Compte rendu / Atelier Bien être animal / Mardi 26 mars 19 / Paris

Le mardi 26 mars, Applifarm, première plateforme de partage, de valorisation et de traçabilité des données d’élevage, a organisé un atelier sur la thématique du bien-être animal (BEA) au Village by CA de Paris. Différents acteurs de la filière étaient présents dans une salle comble pour découvrir les propositions des intervenants pour faire évoluer les pratiques en faveur du bien-être animal.

Le bien-être animal : une question complexe dans un contexte bousculé

Plus de 70 participants, représentant 5 filières (Lait / Bovin viande / Volaille, canard / Porc / Mer, aquaculture), sont venus échanger autour de cette thématique avec sept intervenants.

Ces derniers ont partagé leurs expériences et expertises sur cette thématique, dans un contexte où les scandales alimentaires remettent en cause les pratiques d'élevage. Les consommateurs ont alors besoin d'être rassurés et de connaitre la traçabilité des produits alimentaires qu'ils consomment.

Un sondage IFOP de 2018 révèle que 92% des français pensent que le bien-être animal est important. A contrario, selon le même sondage, seuls 41% estiment que la situation du bien-être animal est satisfaisante.

Face à ces constats, les professionnels de la filière cherchent à proposer des solutions et à mettre en place des actions pour simplifier la mise en oeuvre des pratiques. Certaines d'entre-elles ont été évoquées le 26 mars dernier lors de l'atelier dédié au bien-être animal.

Développer des indicateurs et des référentiels à travers les données

Des ONG comme CIWF ont pour principale mission d'améliorer les conditions de vie des animaux d'élevage. Le Docteur Lucille Bellegarde, chargée des affaires agroalimentaire, a présenté les actions de CIWF en faveur du bien-être animal lors de l'atelier du 26 mars. Au delà d'informer et de susciter la réflexion, l'ONG accompagne le changement auprès des acteurs de l’agroalimentaire, de la production à la distribution. Concrètement, un projet d'association "Etiquette Bien-être Animal" a été développé en partenariat avec O.A.B.A, la Fondation du Droit Animal et le Groupe Casino. L'objectif ? Construire un référentiel robuste, définir un système de notation, confronter ce référentiel aux réalités du terrain puis définir le système d’audits et de contrôle pour élaborer une étiquette compréhensible rapidement par tous.

Du côté des éleveurs, des solutions pour améliorer les conditions des animaux existent, notamment à travers les outils de mesure et les données collectées, comme l'a expliqué Hubert Deleon, Directeur général d'Eilyps. La société propose en effet des services permettant aux éleveurs d'analyser les comportements des animaux (démarche Cow signals), de mesurer les données santé ou même de développer des "prairies pharmacie".

Même démarche pour Agnès Lejard, chargée de mission pour l'association France Conseil Elevage (FCEL), qui fédère l’ensemble des entreprises Conseil Elevage en France se chargeant de produire des indicateurs utiles aux éleveurs et aux filières à travers des formations et accompagnements des éleveurs (audit "Signes de vaches", démarche "panser vache", formations aux médecines alternatives). Les entreprises du réseau Conseil Elevage aident ensuite les exploitants au respect des cahiers des charges filière. FCEL développe également des démarches nationales comme Res'feet (observatoire de santé du pied) ou la notation automatisée de l'état corporel.

En complément des outils développés au sein des exploitations, les données vétérinaires offrent de larges informations sur le BEA, notamment lors des visites des praticiens. Jean-François Labbé, membre de la Société Nationale des Groupements Technique Vétérinaire (SNGTV) l'a affirmé lors de son intervention. L'association, qui propose une formation continue des vétérinaires et la mise à disposition d’outils d’intervention en élevage, développe de plus en plus la question du bien-être animal. Le rôle du vétérinaire, en plus du soin aux animaux, est aussi d'observer et détecter les situations à risque, tout en échangeant avec l'éleveur. Des protocoles de gestion de la douleur et d'abattage sont aussi développés, faisant progresser les pratiques de bien-être animal à la ferme.

Faire entrer le BEA dans la norme

Côté distributeur, la priorité est de répondre aux demandes des consommateurs, dans un contexte où de nouveaux régimes alimentaires (flexitariens, vegétariens, etc) se dégagent et où l'exigence de qualité des produits consommés est accrue. Pour le groupe Carrefour, l'engagement pour le bien-être animal est une évidence. Séverine Fontaine, Directrice Qualité Alimentaire a exposé, lors de l'atelier BEA du 26 mars, les exigences du groupe en terme de bien-être animal, afin de faire évoluer les pratiques. Carrefour collabore donc avec des ONG locales pour développer un cahier des charges et contractualiser le bien-être animal au sein des filières.

Les cahiers des charges et audits de certification s'adaptent aux évolutions des filières et aux demandes des clients, en se projetant sur les nouveaux enjeux dont le bien-être animal. Comme l'explique Alexandre Charrier, chargé d'affaire chez Bureau Veritas, les organismes de contrôle apportent une caution extérieure. Les audits terrain offrent une vision claire et adaptée de la situation. Les nouveaux outils connectés et les données qui s'en dégagent sont complémentaires à cette évaluation physique, permettant un suivi durable.

Applifarm : apporter une solution pour agréger et sécuriser les données

Selon les différents intervenants de l'atelier du 26 mars et les acteurs de la filière, de nombreuses données quantifient les indicateurs de bien-être animal. Applifarm, première plateforme d’échange, de valorisation et de traçabilité des données d’élevage, a développé une nouvelle version de son application dédiée au bien-être animal.

Elle simplifie la mise en oeuvre des projets consacrés au bien-être animal, permet de numériser les audits terrain qui peuvent être autoalimentés par les données de fournisseurs de service ou d'objets connectés, de suivre l'avancement des campagnes terrain, de piloter des plans de progrès ou encore de piloter des tableaux de bord.

Une démonstration de la plateforme Applifarm a permis de découvrir l’application mobile d’auto-évaluation ou d’évaluation par un technicien ainsi que le portail web qui permet de gérer différents cahiers des charges et référentiels en consolidant les résultats et en les partageant avec ses clients. Pour optimiser la démarche de réalisation des audits, Applifarm enrichi en continu les indicateurs à partir de sources de données entreprises. Les objets connectés comme ceux d’ITK Medria qui monitorent le comportement des animaux peuvent permettre également une mesure en continu et simplifier la collecte des données par des capteurs existants dans l’élevage.

L'ensemble des données est recueilli avec le consentement des parties prenantes, enregistré dans une Blockchain, assurant la fiabilité et la transparence des informations. Le tout est ensuite agrégé pour plus de facilité, sur une interface fluide et personnalisable. La traçabilité est un cas d’usage du partage de données dans un groupe défini avec des règles de partage propres à chaque partie prenante d’un cahier des charges. Applifarm met à disposition des filières animales des outils de gestion de la gouvernance pour améliorer la confiance entre les entreprises et entre les entreprises, les marques et les consommateurs. En effet, le partage de donnée nécessite de la confiance, qu'une technologie comme la blockchain peut augmenter. La création d'un Comité Ethique s’imposait comme organe indépendant des fondateurs, afin de pouvoir rendre des avis ou être sollicité en cas de risque d’usages déviants des données entre les parties ou pouvant atteindre l’image des filières. La nomination de Paul Jorion en mars 2019 Président du Comité Ethique d’Applifarm a été annoncée en fin d’atelier. Il a la mission de créer et animer ce comité avec d’autres personnalités. Paul Jorion est économiste, sociologue, chercheur en intelligence artificielle et Professeur à la Chaire d’Ethique de l’Université Catholique de Lille.